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De grandes différences hier, comme toujours, dans le calcul du nombre de participants aux manifestations. Hier en particulier, près d’un million d’écart entre l’estimation des syndicats et celle du gouvernement. Mais comment ces participants sont-ils calculés ? Voici notre analyse complète.
En France, quand on parle de manifestations (manifestations), il faut distinguer trois choses :
- Le nombre de personnes réellement présentes à un moment donné.
- Le nombre total de personnes ayant participé pendant le déroulement du cortège.
- Le nombre déclaré par les organisations, qui est souvent une estimation agrégée des différentes manifestations sur le territoire national.
Ce ne sont pas forcément les mêmes choses.
1. Comment la police compte (Ministère de l’Intérieur)
La méthode française est relativement sophistiquée, surtout à Paris.
La police utilise principalement :
- Des observateurs positionnés sur des points de vue surélevés, le long du parcours du cortège.
- Le comptage manuel des personnes qui traversent certains points, en comptant souvent les rangs.
- Des enregistrements vidéo du passage de la manifestation.
- Un second comptage, effectué ultérieurement au bureau, en revoyant les enregistrements.
- La comparaison entre les différents comptages pour produire une estimation finale.
Cette méthodologie a été examinée en 2015 par une commission indépendante présidée par Dominique Schnapper, qui en a essentiellement validé la démarche.
L’avantage est que l’on cherche à compter les personnes qui passent réellement, évitant ainsi de simplement estimer à quel point une rue est remplie.
2. Comment les syndicats comptent
Ici, la méthode est moins transparente.
La CGT, par exemple, utilise diverses sources :
- Des compteurs placés aux points de passage du cortège.
- Des informations recueillies par ses propres sections locales et départementales.
- Des estimations des organisations territoriales, transmises ultérieurement à la direction nationale.
- Dans certains cas, des informations sur les autocars et les trains organisés pour transporter les manifestants.
Le problème est qu’aucune méthodologie suffisamment détaillée n’est publiée pour vérifier comment les doublons sont éliminés.
Par exemple : une personne qui arrive en train, entre dans le cortège, en parcourt la moitié puis quitte la manifestation est-elle comptée une seule fois ? Et comment le vérifie-t-on ?
Il n’est pas toujours possible de le savoir.
3. Existe-t-il une méthode indépendante ?
Oui. Pendant quelques années, un groupe d’environ 80 titres de presse français a financé le travail d’une société spécialisée, Occurrence.
Le système est intéressant :
- On filme le cortège.
- On définit une ligne virtuelle sur le parcours.
- Un logiciel d’analyse vidéo, doté d’intelligence artificielle, compte les personnes qui traversent cette ligne.
- On obtient ainsi un décompte des passages.
En 2017, la méthode a été vérifiée en filmant l’intégralité d’une manifestation et en faisant re-compter manuellement les images par quatre groupes indépendants : Occurrence, Europe 1, TF1 et Le Monde. Les résultats étaient très proches.
Le projet n’a toutefois pas réussi à devenir un arbitre universellement accepté : les syndicats et les partis de gauche ont souvent contesté les résultats.
4. Le cas concret : manifestation du 5 novembre 2026
Une précision : les données définitives publiées par le Monde sont les suivantes :
Participation nationale
| Source | Participants |
|---|---|
| CGT | 1.573.000 |
| Ministère de l’Intérieur | 575.000 |
À Paris
| Source | Participants |
|---|---|
| CGT | 350.000 |
| Préfecture | 65.000 |
(Différence de 2,74 fois)
Source : Le Monde, 5 novembre 2026.
5. Mais qui a raison ?
Nous en arrivons ici à la question la plus intéressante.
Une donnée importante émerge de l’analyse du statisticien Jean-François Royer, publiée sur The Conversation :
Les différences entre les deux méthodes ne suffisent pas à expliquer des écarts aussi énormes.唱strong>
En d’autres termes, il n’est pas raisonnable de penser que la différence entre 575 000 et 1 573 000 est simplement due à une erreur technique de comptage.
Il existe également deux intérêts opposés :
- Les syndicats ont intérêt à démontrer que la mobilisation est massive, car cela renforce leur poids de négociation et politique.
- Le gouvernement a intérêt à ne pas accentuer l’ampleur de la protestation, car un mouvement très suivi représente un problème politique.
Attention : cela ne prouve pas que le Ministère manipule systématiquement les données. La méthodologie de la police a été soumise à des vérifications indépendantes et possède une base statistique sérieuse.
Ma conclusion : si je devais choisir un chiffre à publier dans un article journalistique, je donnerais les deux estimations, sans faire la moyenne arithmétique.
Et surtout, je demanderais une chose qui est rarement faite : pourquoi ne pas adopter un système national indépendant, basé sur des prises de vues vidéo, un comptage automatisé et une méthodologie publique ?
Ce serait techniquement réalisable et cela retirerait aux syndicats et au gouvernement le monopole de la bataille des chiffres.
C’est tout pour le moment. Depuis les rédactions de Nice et Paris, ici am1575news, Francia24 et Radio Centrale Milano.
Fonte: Francia24 – Radio Nizza